D’enseignante à bibliothécaire, Deborah Collart prouve qu’une réorientation professionnelle est possible…

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Alors qu’elle se destinait à enseigner l’espagnol, une période de chômage lui permet de réfléchir à son projet professionnel et se tourner vers une formation autour de la culture et du patrimoine. Aujourd’hui elle raconte comment elle s’épanouit dans la médiathèque qu’elle a créée.

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Deborah Collart est aujourd’hui responsable de la Médiathèque de Treffort-Cuisiat dans l’Ain, alors qu’elle ne se destinait pas à ce métier.

Après son baccalauréat en économie, elle entre à la faculté de lettres et langues de Dijon dans le département Espagnol. Elle obtient son Master 2 en s’imaginant enseigner cette langue. Elle intègre la 1ére année de CAPES (Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement Secondaire) et durant les stages de mise en situation professionnelle elle se rend vite compte qu’elle n’est pas faite pour ce métier. Néanmoins, elle passe tout de même ses examens de fin d’année.

A cette même période, sa vie privée l’a fait changer de projet professionnel, elle devient assistante d’éducation en collège pendant quelques années. Ensuite au chômage, elle fait un bilan de compétences qui mettra en avant son engouement pour les métiers de la culture. C’est pourquoi, elle se renseignera sur les différents concours et débouchés dans cette filière.

En 2011 elle obtient le concours d’adjoint territorial du patrimoine, mais Pôle emploi l’informe que ce n’est pas suffisant pour obtenir un poste. Il lui conseille alors d’intégrer le département Information et Communication en Année Spéciale à l’IUT de Dijon.

Suite au stage qu’elle effectue durant sa formation dans la Nièvre et la validation de son DUT (Diplôme Universitaire et Technologique), le maire de la commune lui propose de reprendre le poste qu’elle occupait à la médiathèque. Elle est ensuite embauchée pour un remplacement dans cette structure. A la fin de son contrat elle envoie plusieurs Curriculum Vitae dans différents départements. Elle est retenue dans deux structures différentes au même moment. À Evian on lui propose d’être adjoint du patrimoine, poste qui consiste à accueillir le public et à traiter des documents : travail de prêt/retour et équipements.

À Treffort-Cuisiat, la mission proposée est un projet de création et de mise en place d’une médiathèque dans un nouveau bâtiment en cours de construction, poste qui demande, de plus, à travailler avec une équipe de bénévoles.

Madame Collart retient cette dernière proposition disant : « Ce que j’ai aimé dans ce projet, c’est d’avoir tout à construire et tout à imaginer. Pour moi, c’était une opportunité inattendue et une grande prise de risque. C’est ce qui m’a motivée ! »

Aujourd’hui, c’est avec ferveur que Deborah explique tout le travail effectué depuis un peu plus de deux ans dans cette médiathèque. En effet, à son arrivée il existait déjà dans la commune une bibliothèque associative gérée uniquement par des bénévoles. A ce jour, il semble qu’elle ait beaucoup apporté dans cette nouvelle structure.

Pour ce faire, avant l’ouverture elle s’occupe en priorité des dossiers de demandes de subventions auprès du Centre National du Livre la constitution d’un premier fonds et de la Direction Régionale des Affaires Culturelles pour le mobilier, l’équipement informatique et la constitution d’un fonds audiovisuel.

Ensuite elle s’applique à la dure tâche du désherbage car la nouvelle structure a hérité du fonds de l’ancienne bibliothèque. Ce travail n’est toujours pas terminé car l’ensemble des ressources est très ancien et nécessite un tri minutieux.

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En parallèle, Mme Collart approfondit sa réflexion sur la rédaction d’un règlement intérieur ; d’un « guide du lecteur » pour la bibliothèque ; la mise en espace des collections. Par ailleurs, la mobilisation du public autour du déménagement de la médiathèque a été compliquée. De plus, l’aménagement et l’organisation de l’espace ont aussi été une épreuve difficile. En effet, l’architecture complexe, conçue tout en longueur n’a pas facilité la mise en place du mobilier qui manquait d’ergonomie et de fonctionnalité. Néanmoins, elle a dû faire avec ce qui lui avait été dédié et qu’elle n’avait pas choisi.

Pour la dernière étape avant l’ouverture, elle organise le déplacement d’une partie des collections en faisant appel à la bonne volonté des habitants du village et en s’appuyant sur l’équipe de bénévoles qui a continué à s’investir dans la nouvelle structure.

Depuis deux ans, la médiathèque s’articule autour de nombreux évènements, activités, animations, accueil du public. Madame Collart propose des animations variées en direction de tous les publics (tous les âges et tous types de public). Par exemple, elle accueille chaque semaine les enfants de l’école primaire dans le cadre du Temps d’Activités Périscolaire. Ponctuellement, les bénévoles organisent un : « Instants coup de cœur », un moment où ils peuvent échanger sur leurs lectures, leurs écoutes…

« L’important pour moi est de pouvoir laisser aux bénévoles un temps pour qu’ils se retrouvent pour échanger autour d’un livre, d’un CD ou DVD. Il s’agit aussi, pour moi, de leurs permettre de prendre en charge une animation afin de les valoriser. », dit-elle.

Effectivement, l’appui des bénévoles est important, cela lui permet de se dégager du temps travail administratif et organisationnel, et cela offre aussi une possibilité d’ouverture au public plus conséquent. Deborah explique que les compétences variées des bénévoles apportent une polyvalence dans le fonctionnement de la médiathèque. Par exemple, certains apprécient de couvrir les livres tandis que d’autres préfèrent le rangement…

Par ailleurs, elle offre aussi la possibilité à des artistes, des associations culturelles ou des passionnés de venir se présenter et d’échanger à travers des expositions, des démonstrations. Par exemple, un professeur de Tango est venu faire une démonstration pour promouvoir son cours ; Roland Fuentès, écrivain et bénévole, vient présenter son travail et ses publications ; ou encore un habitant de la commune, photographe amateur a organisé une exposition de photographies… Pour cette responsable, ce partenariat est important car il offre la possibilité d’enrichir la curiosité de tous.

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Pour Deborah, son métier ne se résume pas qu’à l’accueil du public. En effet, pour elle, il y a aussi de nombreuses tâches nécessaires au bon fonctionnement de la structure, rangement des livres, renouvellement des collections, préparation du planning des bénévoles, programmation des animations…

Cette jeune femme explique que cette somme de travail lui amène aujourd’hui beaucoup de stress car elle doit être sur plusieurs fronts à la fois. En effet, pour donner une impulsion et une dynamique à sa médiathèque, Deborah utilise les médiations de la Bibliothèque Départementale de Prêt et le Conseil Départemental de l’Ain. Ces derniers proposent un catalogue d’animations qui permet aux petites structures d’établir une programmation sur une thématique particulière. Dans ce cadre, elle a mis en place le projet : « Trois mois d’amours » (Expositions, lectures…).Par ailleurs, elle est aussi dans des démarches pour constituer un fonds audiovisuel et sonore de bases.

Elle conclura notre rencontre en disant : « Je pense qu’être bibliothécaire c’est avoir plusieurs compétences. Il faut être polyvalent pour répondre aux différents besoins qu’exige une telle activité ; mais il faut pouvoir s’adapter à toute sorte de situations, être à l’écoute du public pour répondre à ses demandes ; ou encore être curieux, organisé pour pouvoir mener plusieurs projets à la fois. Avoir des qualités rédactionnelles, est très utile pour rédiger des dossiers de demande de subventions par exemple. »

Camille Corbel

Étudiante en IUT Information et Communication, option Métiers du Livre et du Patrimoine

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